Pourquoi mon enfant ne raconte-t-il rien de sa journée ?
Avant de multiplier les questions, il faut garder en tête quelque chose de simple : une journée d’école peut être très intense pour un enfant.
Il a écouté des consignes, joué, appris, attendu son tour, géré des frustrations, discuté avec d’autres enfants et suivi le rythme de la classe.
Au moment où tu le récupères, il n’a pas forcément envie de refaire mentalement toute sa journée.
Certains enfants parlent immédiatement.
D’autres racontent les choses au dîner, dans le bain, pendant un trajet ou même plusieurs jours plus tard.
Les premières semaines, la fatigue peut aussi jouer énormément sur son envie de parler. J’explique justement comment recaler le sommeil après les vacances et retrouver un rythme d’école.
Et parfois, une question trop générale comme :
“Alors, ta journée ?” demande simplement trop d’effort.
Le Raising Children Network explique d’ailleurs que cette question oblige l’enfant à résumer toute une journée, ce qui peut être difficile. Des questions simples, positives et précises sont souvent plus faciles à traiter.
20 questions pour faire parler son enfant de sa journée d’école
Tu n’as évidemment pas besoin de poser les 20 questions chaque soir.
Le but est plutôt d’en choisir une ou deux, en fonction de ton enfant et du moment.
Pour commencer par quelque chose de positif
- Qu’est-ce qui t’a fait rire aujourd’hui ?
- Quel a été ton moment préféré ?
- Tu as joué à quoi pendant la récréation ?
- Avec qui as-tu joué aujourd’hui ?
- Est-ce que quelqu’un a fait quelque chose de gentil pour toi ?
- Tu as appris quelque chose que tu ne savais pas hier ?
Ces questions sont souvent plus faciles que “Qu’est-ce que tu as fait ?”, parce qu’elles donnent à l’enfant un point de départ précis.
Pour parler des copains et de la récréation
- Avec qui étais-tu pendant la récréation ?
- Quel jeu avez-vous fait ?
- Est-ce qu’un copain t’a fait rire aujourd’hui ?
- Est-ce que quelqu’un était tout seul dans la cour ?
- Avec qui aimerais-tu jouer demain ?
Ces questions peuvent permettre de comprendre progressivement comment ton enfant vit ses relations avec les autres sans lui demander directement :
“Tu as des copains au moins ?”
Les relations amicales prennent progressivement une place importante lorsque les enfants entrent à l’école et s’ouvrent davantage au monde extérieur.
Mon expérience
Mon fils peut parfois me dire qu’il n’a pas de copain ou qu’il est resté tout seul à la récréation. Mais si je lui pose une question plus précise, comme :
“Quel a été le meilleur moment de la récréation ?”
il peut alors me raconter qu’il a joué au ballon avec Louis.
Ça m’a vraiment fait comprendre qu’à cet âge, une réponse comme “j’étais tout seul” ne résume pas forcément toute la récréation. Selon la question posée, l’enfant peut se focaliser sur un moment difficile… ou au contraire se souvenir d’un bon moment qu’il n’aurait pas pensé à raconter spontanément.
Pour parler de ce qui a été difficile
- Est-ce qu’il y a eu un moment que tu n’as pas aimé aujourd’hui ?
- Quel a été le moment le plus difficile ?
- Est-ce que quelque chose t’a énervé ?
- Est-ce que tu as eu besoin d’aide pour quelque chose ?
- Est-ce que quelqu’un t’a rendu triste ou fâché ?
Là encore, mieux vaut éviter de transformer la discussion en interrogatoire.
Si ton enfant commence à raconter quelque chose, essaie surtout de l’écouter avant de chercher immédiatement une solution.
L’UNICEF recommande notamment de laisser une vraie place à l’écoute et d’utiliser les événements du quotidien pour aider l’enfant à exprimer ses émotions.
Pour parler des apprentissages sans demander “Qu’as-tu appris ?”
- Quelle activité avez-vous faite après la récréation ?
- Qu’est-ce que la maîtresse ou le maître vous a montré aujourd’hui ?
- Tu as fait quelque chose dont tu es fier aujourd’hui ?
- Si tu pouvais refaire un moment de ta journée, lequel tu choisirais ?
Ces questions demandent moins à l’enfant de reconstruire toute sa journée.
Le bon moment pour parler n’est pas forcément à la sortie de l’école
C’est probablement l’erreur la plus facile à faire.
Ton enfant sort de classe, tu le vois enfin et tu demandes immédiatement :
“Alors ? Tu as fait quoi ? Avec qui tu as joué ? Tu as mangé quoi ? Ça s’est bien passé ?”
Pendant ce temps, lui pense peut-être surtout :
goûter.
Et franchement, je le comprends.
Certains enfants ont besoin de quelques minutes de transition avant d’avoir envie de raconter.
Tu peux simplement l’accueillir, lui donner son goûter, marcher un peu et attendre.
Les conversations arrivent parfois plus naturellement lorsque l’enfant fait autre chose : en voiture, en préparant le repas, pendant le bain ou en jouant. Le Raising Children Network recommande justement de profiter de ces moments partagés plutôt que de forcer une conversation formelle.
Et s’il répond toujours “je sais pas” ?
Tu peux essayer une astuce toute simple :
raconter toi-même un petit morceau de ta journée.
Par exemple :
“Aujourd’hui, j’ai eu un moment un peu drôle au travail…”
Puis tu racontes quelque chose de très court.
Cela transforme la discussion en échange, plutôt qu’en série de questions.
Tu peux aussi proposer deux choix :
“Le meilleur moment de ta journée, c’était plutôt en classe ou pendant la récréation ?”
Ou partir d’un détail que tu connais :
“J’ai vu que vous aviez fait de la peinture aujourd’hui. Tu as peint quoi ?”
Faut-il insister si son enfant ne veut pas parler ?
Non.
Il est important que ton enfant sache que tu es disponible, mais il n’est pas nécessaire d’obtenir un compte rendu quotidien.
Tu peux simplement dire :
“D’accord. Si tu as envie de me raconter quelque chose plus tard, je suis là.”
Et passer à autre chose.
Créer un climat dans lequel l’enfant sait qu’il peut parler quand il est prêt est généralement plus utile que de multiplier les questions. L’UNICEF recommande notamment d’offrir un environnement ouvert, attentif et sécurisant pour faciliter ce type d’échange.
Quand faut-il être davantage attentif ?
Ne pas raconter sa journée est très courant et n’est pas, à lui seul, inquiétant.
En revanche, il peut être utile d’en parler avec l’enseignant si tu observes en parallèle un changement durable comme :
- un refus répété d’aller à l’école ;
- des difficultés de sommeil nouvelles ;
- des douleurs fréquentes avant l’école ;
- un enfant qui semble particulièrement triste ou anxieux ;
- des propos répétés sur le fait d’être seul ou rejeté ;
- un changement important de comportement.
L’idée n’est pas d’interroger davantage ton enfant, mais de croiser les observations avec celles de l’école.
En résumé
Si ton enfant répond “rien” ou “je sais pas” lorsque tu lui demandes sa journée, essaie surtout de remplacer les grandes questions par des petites questions concrètes.
“Qu’est-ce qui t’a fait rire ?” est souvent beaucoup plus facile à raconter que “Comment s’est passée ta journée ?”.
Et parfois, le meilleur moyen de savoir ce qui s’est passé à l’école… c’est simplement d’attendre que l’histoire arrive toute seule.
À propos de cet article
Cet article propose des pistes de communication parent-enfant à partir de recommandations de professionnels et d’organismes spécialisés dans le développement et le bien-être des enfants. Il ne remplace pas l’avis d’un enseignant, d’un médecin ou d’un professionnel de santé si tu observes un changement important ou durable chez ton enfant.
